JOURNÉE D’ACTUALITÉ SUR LA GAULE ROMAINE>

Résumés > William Van Andringa (École pratique des hautes études - PSL, Paris) - Lugdunum des Convènes : une enquête en cours sur la ville et ses faubourgs à l’époque romaine

Le Projet Collectif de Recherche consacré à l’antique Lugdunum des Convènes structure désormais un ensemble d’activités de recherche, de formation et de valorisation menées tout au long de l’année (fig. 1). Ce programme s’inscrit dans une réflexion globale sur un territoire rural confronté aux mutations sociétales et climatiques actuelles. Il accompagne également la politique patrimoniale locale dans le cadre du projet « Grands Sites » porté par le Département de la Haute-Garonne, en collaboration avec la Région, l’État/Ministère de la Culture et les communes de Saint-Bertrand-de-Comminges et Valcabrère. L’archéologie apparaît ici comme un prérequis essentiel pour penser l’aménagement et le développement durable du territoire.

Les résultats obtenus mettent en lumière deux axes majeurs. D’une part, la ville romaine ne semble pas avoir succédé à un important pôle protohistorique : les occupations antérieures sont limitées, ce qui confère à la fondation augustéenne le caractère d’un acte politique fort. Lugdunum apparaît alors comme un dispositif civique nouveau, conçu autour de 12 av. J.-C., en parallèle de la réorganisation provinciale d’Auguste. Sa fonction de capitale des Convènes — population aquitanique du piémont et des vallées pyrénéennes — témoigne d’un projet de structuration communautaire visant à fédérer et réorganiser le territoire. La ville est ainsi avant tout une entité politique, dont la création entraîne des déplacements de population et une redéfinition des habitats.

D’autre part, la transition vers l’Antiquité tardive, marquée par le changement de nom en Convenae, ne conduit pas à une continuité urbaine forte mais à une ruralisation progressive du territoire. La dispersion de l’habitat, perceptible dès le IVᵉ siècle, coexiste avec une ville encore active. L’évolution du site de Saint-Just, situé à 500 m de l’enceinte antique, illustre ces transformations : l’installation d’une nécropole monumentale dans les ruines d’un complexe impérial révèle l’émergence de nouvelles pratiques funéraires et de nouveaux équilibres sociaux. Cet ensemble reflète les évolutions du pouvoir local et des comportements élitaires à la fin de l’Empire.

La compréhension du fait urbain repose également sur une relecture du plan de la ville (fig. 2). Les fouilles du XXᵉ siècle et l’archéologie aérienne avaient permis de publier en 1992 un plan montrant quelques quartiers d’habitat et les principaux édifices publics (temple, théâtre, macellum), notamment la disposition singulière du forum, dont le temple tourne le dos à la place publique. Les recherches géophysiques menées depuis 2016 renouvellent profondément cette image. Elles permettent de préciser l’emprise urbaine, d’identifier les continentia suburbains et de mieux caractériser les marges de la ville. Au lieu-dit Herrane, la prospection et la fouille ont révélé un mausolée intégré dans une grande enceinte délimitant un hortus d’un hectare, vraisemblablement lié à une résidence suburbaine. À l’est, le camp militaire de Tranquistan est désormais mieux connu grâce aux prospections magnétiques et radar et à une fouille récente, qui situent l’installation de la garnison dans la seconde moitié du IIIᵉ siècle.

Enfin, l’étude des territoires funéraires constitue un autre volet essentiel. La nécropole de la route de Toulouse, sous l’actuel village de Valcabrère, apparaît comme la principale nécropole suburbaine du Haut-Empire. Une seconde, à Barsous, le long de la route de Dax, a été identifiée grâce aux données LiDAR. Les pratiques funéraires tardives sont en revanche documentées par la fouille d’une nécropole monumentale du IVᵉ siècle, organisée autour de mausolées, dont l’un exceptionnel par ses dimensions et la qualité de son architecture (fig. 3). Installé en marge orientale de la ville, près de l’église romane de Saint-Just, ce cimetière constitue désormais le témoignage le plus tangible de la première communauté chrétienne de Convenae.

Pour en savoir plus : http//www.archéologieauvillage

Fig.2_V.jpg

Fig. 1 – L’approche multiscalaire d’un territoire (clichés F. Giraud)

 

Fig._2V_copie.jpg

Fig. 2 – La ville romaine de Lugdunum restituée par le SIG (document Th. Le Flécher, M. Grall et M. Fasquelle)

 

Fig.3V_copie_2.jpg

Fig. 3 – Le grand mausolée K dans la nécropole tardo-antique de Saint-Just de Valcabrère (cliché F. Giraud)

 

Chargement... Chargement...