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Résumés > Rafaelle Algoud (UMR TRACES 5608 – Université Toulouse Jean Jaurès, Archeodunum SAS) - La production potière à Montans du IIe s. av. n. è. au IIe s. de n. è.

Exploré dès le XIXe siècle, le site de Montans s’est distingué par la découverte de nombreuses structures artisanales témoignant d’une production potière particulièrement dynamique au cours des deux premiers siècles de notre ère (Martin 1977, Martin 1986, Martin 2005). Parmi les trouvailles figurent de nombreux déchets de production, de multiples vases intacts (fig. 1), divers ustensiles (poinçons, moules, accessoires d’enfournement) ainsi qu’un compte de potier (fig. 2).

Le site bénéficie de grands avantages pour l’implantation d’une activité artisanale. Situé près du Tarn, à proximité de gisements d’argile et de bois, la matière première et le combustible sont à portée de main. Le Tarn, navigable depuis Montans, offre également un moyen d’acheminer les productions vers l’ouest de la Gaule.

Implanté en hauteur, Montans est à l’époque laténienne un oppidum dont les ateliers de potiers sont localisés dans un quartier en contrebas. Les productions sont alors bien ancrées dans la tradition celtique du Toulousain (Benquet et al. 2016 ; Le Dreff 2015) (fig. 3). Toutefois, dès l’époque augusto-tibérienne, une mutation s’opère dans le répertoire avec l’arrivée d’imitations de formes italiques. Puis, dès les premières décennies du Ier siècle apparaissent les premières « sigillées », une vaisselle typiquement italique, reconnaissable à sa teinte rouge-orangé et son vernis brillant. Après quelques tâtonnements et l’arrivée de potiers italiens qui ont certainement participé à la formation des artisans locaux, la sigillée devient l’une des principales productions montanaises supplantant progressivement les céramiques de tradition gauloise (Algoud 2020). D’une production artisanale, on passe alors à une production de très grande ampleur, standardisée et encadrée. Les pièces présentant des défauts sont systématiquement écartées et évacuées dans des dépotoirs. On voit alors s’épanouir des « firmes », tenues par des spécialistes et ces potiers et décorateurs signent les vases qu’ils produisent.

La sigillée de Montans se diffuse largement, atteignant le nord de la péninsule ibérique, les sites fortifiés du mur d’Hadrien et plus largement toute la façade atlantique. Ce commerce structuré repose sur des centres de redistribution tels qu’Auch ou Bordeaux, qui assurent le transit de la marchandise, principalement par voie fluviale et maritime, vers les côtes hispaniques et anglaises.

De nouvelles recherches ont été entreprises, dans le cadre d’un de doctorat qui a débuté en 2020 à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès (Algoud 2020, Algoud 2023). Basés sur la réanalyse de plusieurs structures artisanales à Montans ayant livré un mobilier conséquent et sur la comparaison avec des sites de consommation où ont été découverts des vases montanais, ces travaux ont permis d’établir une typo-chronologie détaillée des formes produites sur le site depuis la période laténienne jusqu’à l’arrêt des ateliers vers la fin du IIe s. de n. è. Un peu plus de trois siècles d’artisanat potier ont ainsi été examinés, mettant en évidence l’évolution du répertoire céramique, celle des techniques potières, les connexions inter-ateliers et les dynamiques commerciales dans l’ouest de la Gaule. Ce sont ces quatre axes principaux qui feront l’objet d’une communication synthétique fondée sur la présentation des résultats préliminaires de nos recherches.

 

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Fig. 1 - Quelques vases en sigillée caractéristiques des productions de Montans de la seconde moitié du Ier s. de n. è. © J.-F. Peiré, Archéosite de Montans.

 

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Fig. 2 - Compte de potiers du Ier ou IIe s. de n. è., figurant les noms des artisans ainsi que la désignation et le nombre de pièces à cuire. Ce document est le plus ancien « manuscrit » connu du département du Tarn © F.-L. Pons, Occitanie Musées.

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Fig. 3 - Duo de jattes d’époque laténienne © J.-F. Peiré, Archéosite de Montans.

 

Bibliographie

ALGOUD, Romain. Du nouveau sur la production céramique du Ier siècle de Montans (Tarn).
In : RIVET, Lucile et SAULNIER, Sophie (dir.). Les céramiques à Lugdunum et dans la région : datation et circulation ; Actualité des recherches céramiques : congrès annuel de la SFECAG, Lyon, 2020. Marseille : SFECAG, 2020, p. 613-619.

ALGOUD, Romain et RÉMY, Clément (collab.). Les productions montanaises (Tarn) du IIe s. : nouvelles données. In : RIVET, Lucile et SAULNIER, Sophie (dir.). La mer, le littoral et le territoire du IIe s. av. J.-C. au milieu du Ier s. apr. J.-C., entre le Rhône et les Alpes Maritimes ; Actualité des recherches céramiques en Gaule et dans les provinces limitrophes : congrès annuel de la SFECAG, Hyères, 2023. Marseille : SFECAG, 2023, p. 445-459.

BENQUET, Laure, CONVERTINI, François et GARNIER, Nicolas. Une production caractéristique du sud de la vallée de la Garonne : les grands vases de stockage à pâte grise à la fin de l’âge du Fer. In : DJAOUI, Driss (dir.). Histoires matérielles : terre cuite, bois, métal et autres objets ; Des pots et des potes : Mélanges offerts à Lucien Rivet. Montagnac : Éditions Monique Mergoil, 2016, p. 237-254 (Archéologie et histoire romaine, 33).

JACQUES, Philippe et MARTIN, Thierry. Céramiques sigillées et vases à parois fines des sites de Lespinasse et du Centre administratif Saint-Jacques à Agen (Lot-et-Garonne). In : MARTIN, Thierry (dir.). Documents de céramologie montanaise : actes du colloque de Montans, Montans, 1996. Montans : CERAM, 1997, p. 41-98.

LE DREFF, Thomas. Productions céramiques et échanges au second âge du Fer dans le sud-ouest de la France. Thèse de doctorat. Archéologie. Toulouse : université Toulouse Jean-Jaurès, 2015.

MARTIN Th., « Vases à engobe blanc de Montans aux Ier et IIe siècles de notre ère », Revue du Tarn, 1977, 48 p.

MARTIN Th., « Le déclin », In : BEMONT C., JACOB J.-P. (dir.), La terre sigillée gallo-romaine : lieux de production du Haut-Empire : implantations, relations. Paris : MSH, coll. « Documents d’archéologie française », 6, 1986, p. 43-45 et « Groupe de Montans », In : BEMONT C., JACOB J.-P. (dir.), La terre sigillée gallo-romaine : lieux de production du Haut-Empire : implantations, relations. Paris : MSH, coll. « Documents d’archéologie française », 6, 1986, p. 57-94.

MARTIN Th., « Les ateliers de potiers gallo-romains de Montans », In : MENCHELLI S., PASQUINUCCI M. (dir.), Territorio e produzioni ceramiche : paesaggi, economia e società in età romana : congrès international, Pise : PLUS, coll. « Instrumenta », 2, 2005, p. 323-346.

 

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