JOURNÉE D’ACTUALITÉ SUR LA GAULE ROMAINE>

Résumés > Julie Léone (Institut national de recherches archéologiques préventives) - Une habitation de notables à la marge de la cité : la fouille des 11 et 13 rue de la Magdeleine à Reims

Une opération de fouille menée par l’Inrap aux 11 et 13 rue de la Magdeleine à Reims (Marne), à l’hiver 2022-2023 a permis de mettre au jour quelques pièces d’une domus romaine et une portion de rue (Kasprzyk 2023) (fig. 1). Forte de nombreuses opérations archéologiques menées depuis une trentaine d’année, la cité antique de Reims a révélé de nombreux pans de son urbanisme  (Cavé 2023) : comme de nombreuses autres villes contemporaines, elle s’organise à partir d’une trame orthogonale ordonnée à partir du forum et de deux rues perpendiculaires : le cardo et le decumanus maximus. La fouille de 11 et 13 rue de La Magdeleine s’inscrit dans la continuité de ces explorations archéologiques : elle se situe à moins d’1 km à l’ouest du forum et à 0,05 km au nord du decumanus maximus. En outre, elle se trouve à proximité de la Vesle, le cours d’eau qui traverse la ville du sud vers le nord.

Bordée par d’autres bâtiments ou murs de séparation, l’emprise de la fouille est un quadrilatère d’environ 750 m2 ; sa puissance stratigraphique se développe sur près de 3,5 m. La surface de la fouille a été réduite par les paliers de sécurité et par la présence des caves contemporaines liés aux des derniers bâtiments occupants l’emprise. Malgré ces aléas et ces perturbations, des vestiges d’époque romaine, médiévale et moderne ont pu être observés. Comme sur les autres fouilles rémoises, la partie romaine s’est révélée être la mieux conservée, livrant une portion de voirie orientée est/ouest et plusieurs pièces d’une habitation donnant sur cette rue.

La fouille de la zone d’habitat a mis en évidence plusieurs phases d’occupation comprises entre l’époque augustéenne et le IVe siècle après J.-C. Initialement, le site apparaît dévolu à des activités artisanales comme en témoignent de nombreuses fosses associées à des fragments de creuset. Trois puits font partie de cette première occupation. La proximité de l’emprise avec le cours d’eau de la Vesle a permis la conservation presque intégrale de leur cuvelage en bois.

Dans le courant du Ier siècle, la zone artisanale est remplacée par une habitation caractérisée par des fondations en pierre sèche, elle-même remplacée à la fin du IIe ou début du IIIe siècle par une habitation à fondation en craie dont 7 pièces sont conservées. Un siècle plus tard, des remaniements importants sont apportés à cette dernière et des parties ont été entièrement détruites. Un des éléments les plus caractéristiques de cette destruction est un remblai localisé en bord d’emprise. Celui-ci a livré des fragments de « béton » - peut-être hydraulique - ainsi que des fragments d’enduit peint. Ces derniers ont conservé deux couches de décor. La plus récente, pour laquelle peu d’informations subsistent, semblent présenter un décor floral assez simple. Par contre, le décor sous-jacent a livré des inscriptions mentionnant Achille et Déidamie, et représente une mégalographie narrant la scène mythologique d’Achille à Skyros. Seules trois fresques comparables existent pour cette scène : l’une dans une domus privée à Aquilée, une autre à Pompéi et la troisième est conservée sur une voûte de la Domus Aurea à Rome.

Ce remblai de destruction a été utilisé pour combler une pièce dont la forme en plan, en partie triangulaire s’est révélée tout à fait insolite (fig. 2). Des niveaux d’occupation peuvent être associés à cette pièce avant son abandon. L’un d’entre eux a livré un ensemble de statuettes en bronze représentant le Dieu Mars, la déesse Isis et un taureau peut-être sous les traits d’Apis. D’excellente facture, ces statuettes livrent des informations non seulement sur les cultes domestiques pratiqués à Reims à cette époque mais elles permettent également de s’interroger sur la fabrication et la circulation de ces objets.

La fresque livre quant-à-elle des indications plus précises sur le statut des propriétaires : son thème et son type de représentation permettant en effet de les identifier comme des lettrés, des notables. L’étude technique, réalisée par le CEPMR de Soissons, a permis d’identifier l’emploi de cinabre dans la fabrication des couleurs, ce qu’il laisse penser que les propriétaires sont à des figures du pouvoir impérial.

La fouille des 11 et 13 rue de la Magdeleine s’intègre ainsi dans la compréhension générale de la ville antique de Reims qu’elle vient compléter. En identifiant des personnes directement liées au pouvoir impérial implantées à la marge de la ville, elle permet par ailleurs de s’interroger sur les formes de construction, et les liens entre le plan d’urbanisme et le centre de pouvoir.

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Fig. - Localisation de l’emprise des 11 et 13 rue de la Magdeleine à Reims, Inrap.

 

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Fig. 2 - Espace dans lequel ont été découverts la fresque et les statuettes en bronze. Cl. J. Leone, Inrap.

 

Bibliographie

KASPRZYK, Michał. Occupations en bord de rue du Haut-Empire à la fin du Moyen Âge : Reims, Marne, 18bis, 20, 22 rue de la Magdeleine, Grand Est. Rapport de fouilles. Metz, 2023.

CAVÉ, Marion (dir.). Reims antique : capitale de province. Gallia. 2023. 79/1.

 

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